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CercLL d'Entraide et Réseau Coopératif Autour des Logiciels Libres

Rencontres mondiales du logiciel libre : une édition 2017 marquée par la sécurité

Posted by CercLL sur 12 juillet 2017

Nous nous sommes rendus à Saint-Étienne la semaine dernière pour prendre la température des Rencontres mondiales du logiciel libre. L’occasion de rencontrer nombre de projets, d’explorer les problèmes que pose la sécurité des objets connectés et d’aborder le difficile sujet du design de ces outils.

Les RMLL s’approchent doucement de leur vingtième anniversaire. Créées par l’Association bordelaise des utilisateurs de logiciels libres (ABUL) en 2000, elles ont eu lieu à leurs débuts à Bordeaux et plus généralement dans le sud-ouest. Depuis quelques années, elles prennent place dans d’autres villes de France. Cette fois-ci, elles avaient lieu à Saint-Étienne, jugée pratique par sa position centrale et la proximité de Lyon.

L’évènement permet avant tout d’échanger avec de nombreux acteurs, qu’il s’agisse de passionnés, d’entreprises ou d’associations diverses, comme l’April. Des chercheurs en sécurité, la CNIL et des enseignants sont également présents, car les RMLL permettent de suivre de nombreuses conférences sur des sujets très variés. Cette année, la sécurité était au cœur de nombreuses conversations et tables rondes.

Et puisque l’on parle de logiciel libre, il était tout à fait logique de commencer par une conférence de Richard Stallman sur la question, histoire d’en rappeler les bases philosophiques.

Richard Stallman, un discours bien rôdé

Sa conférence était conçue pour être une initiation générale au logiciel libre. L’expression même peut d’ailleurs être un problème, comme il l’a indiqué, puisqu’elle est assez régulièrement confondue avec « open source », malgré les nuances.

Une bonne partie du discours de celui que beaucoup considèrent comme le père du logiciel libre était consacrée aux différences entre ce dernier et, face à lui, le logiciel privateur. Un logiciel libre est donc un programme pleinement contrôlé par les utilisateurs, quand le privateur, à l’inverse, est un programme qui contrôle les utilisateurs.

La conférence appuie sur le noyau philosophique et éthique qui guide les concepteurs de logiciels libres, en rappelant plusieurs libertés fondamentales, donc celles de lire le code source, de le copier, de le modifier et de le redistribuer. Liberté ne signifiant pas obligation, chacun est donc libre de faire ce qu’il souhaite… dans les limites définies par la licence.

Il note par ailleurs qu’un logiciel privateur n’est pas nécessairement un programme local, mais peut être un service distant centralisé, aggravant d’ailleurs le problème selon Stallman (voir notre analyse de l’initiative Dégooglisons de Framasoft).

richard stallmanrichard stallman

Le conférencier insistait sur le « potentiel de séduction » des logiciels privateurs, promettant souvent d’être « commodes » (un mot qu’il apprécie particulièrement), et sur les efforts que les utilisateurs s’intéressant à leur propre liberté devraient faire pour les éviter. Une problématique aussi évoquée à Pas Sage En Seine (PSES).

Évidemment, une telle problématique ne touche qu’une partie des personnes éventuellement concernées, beaucoup n’ayant pas conscience de ces questions sous-jacentes. Le sujet intéresse néanmoins, puisque le public présent à la conférence de Stallman était diversifié : hommes et femmes de tout âge, et même des enfants.

Une accessibilité sur laquelle Stallman capitalise par une présentation très bien rodée, avec assez de traits d’humour pour que l’attention ne baisse pas, et par l’utilisation presque impeccable du français pour tout son discours.

L’éducation au centre des préoccupations

Mais l’éducation (thème récurrent aux RMLL) constituait un gros morceau de la conférence. Stallman pointe ainsi la manière dont les écoles et gouvernements se servent de logiciels privateurs, sans que les citoyens ou les élèves/étudiants n’aient leur mot à dire.

Le père du logiciel libre s’inquiète tout particulièrement de l’habitude donnée aux plus jeunes de se servir de ces solutions, créant une forme de dépendance à des produits fermés et payants qui « laissent leurs utilisateurs captifs ». Une question aussi évoquée par Frédéric Veron à PSES avec l’exemple de Framinetest.

Pour Stallman, ce problème est une « négation du principe même d’éducation ». Il se pose également à l’échelle gouvernementale, les données publiques étant victimes elles aussi de ce « hold-up ». Difficile de ne pas penser ici au contrat open bar négocié par l’armée en France avec Microsoft ou à celui signé avec le ministère de l’Éducation.

La thématique exposée par Stallman illustre à la fois les choix personnels et ceux de structures sur lesquelles les utilisateurs n’ont aucun contrôle. Elle implique cependant des choix de vie auxquels beaucoup ne sont pas prêts. Il indique lui-même renoncer à bien des services et produits que beaucoup estiment comme faisant partie de leur quotidien tels que Spotify et Netflix ou un Kindle d’Amazon qui permet à ce dernier de savoir qui lit quoi.

Les exemples sont nombreux, mais l’un d’entre eux synthétise l’ensemble de sa philosophie : il ne possède pas de smartphone, quintessence selon lui de tout ce qui cloche actuellement dans le monde informatique. Richard Stallman ne manque cependant pas d’humour, et c’est habillé d’une toge brune et auréolé d’un disque brillant qu’il déclamera finalement : « Il n’y a de vrai système que GNU, et Linux est l’un de ses noyaux ». Les fans apprécieront (et ont apprécié).

Mozilla se prépare une intense fin d’année pour Firefox

Lors de notre passage à Saint-Étienne nous avons aussi eu l’occasion de discuter avec Christophe Villeneuve, représentant de la Mozilla Foundation et contributeur notamment sur les WebExtensions. Évoquant Firefox et les améliorations à venir pour les prochains mois, un constat s’est imposé : la fin 2017 marquera une étape très importante pour le navigateur.

Firefox 57 s’annonce en effet comme une version majeure à plusieurs égards, même si le calendrier de certains éléments reste à confirmer. Ce sera d’abord la mouture activant par défaut les WebExtensions et coupant les anciens modules. Dans de nombreux cas, ils utilisent déjà ce standard du W3C, mais il n’est pas certain que tous soient compatibles d’ici novembre, à la sortie de cette version.

Il faut savoir que le travail de conversion peut être parfois long, nécessitant dans certaines situations de profondes réécritures. NoScript par exemple ne prévoit ainsi pas de remaniement dans l’immédiat, même si un groupe s’est attaqué au projet. En clair, il est possible qu’une partie des utilisateurs aient la mauvaise surprise de voir des extensions disparaître, même si la situation ne devrait pas être courante.

Firefox 57 pourrait aussi être l’officialisation de Quantum (voir notre analyse), le nouveau moteur de rendu qui doit remplacer Gecko et doit arriver d’ici la fin de l’année. L’un de ses objectifs est de permettre une hausse des performances, en se voulant nettement plus moderne. Certaines parties sont actuellement présentes dans les moutures Nightly du navigateur, mais il faudra attendre encore un peu pour le tester intégralement.

Quantum est un chantier majeur, un navigateur ne changeant pas de moteur de rendu comme on change d’extensions. Les enjeux sont importants pour Mozilla, puisque l’éditeur veut revenir dans la course aux performances, en créant un moteur en langage Rust (tiré du projet Servo) pour répondre aux besoins modernes du web, notamment pour les applications. L’efficacité concrète de Quantum reste bien entendu encore à confirmer.

Firefox 57 pourrait aussi être la première version à proposer en standard les onglets contextuels. Derrière ce titre énigmatique se cache une fonction sur laquelle Mozilla n’a que très peu communiqué. Il s’agit ni plus ni moins d’onglets fonctionnant dans des conteneurs logiciels.

Utilisables dans les actuelles versions Nightly, ils se récupèrent dans la personnalisation de la barre d’outils, en déplaçant un bouton qui y donne accès. Lorsque l’on clique dessus, une liste de thèmes généraux apparaît : Personnel, Professionnel, Bancaire et Achats en ligne. Ils ne sont qu’indicatifs, l’utilisateur pouvant en créer autant qu’il souhaite.

firefox onglets contextuels

Une fois ouvert, un onglet contextuel agit comme un conteneur logiciel. Il applique bien le profil utilisateur en cours (historique, marque-pages, mots de passe…) et accède aux extensions, mais il ne peut pas communiquer avec les autres onglets. Il est donc isolé et se destine très clairement aux sites sur lesquels on souhaite une couche de sécurité complémentaire. Les cookies, le stockage local, la base de données IndexedDB et le cache de navigation sont ainsi séparés du reste du navigateur.

Le mécanisme ne bloque pas toute tentative de piratage mais doit permettre de lutter efficacement contre certains scénarios d’attaque, notamment celles de type XSS (cross-site scripting) et CSRF (Cross-Site Request Forgery). Notez également que le fonctionnement de ces onglets n’est pas encore tout à fait arrêté et qu’il peut donc encore changer dans les mois qui viennent.

Distributions Linux : de quoi trouver son bonheur

Qui dit logiciel libre dit nécessairement distributions GNU/Linux, bien que toutes ne soient pas 100 % libres, comme l’évoquait Richard Stallman. Rencontres mondiales oblige, beaucoup étaient sur place, représentées par des passionnés, contributeurs ou encore associations.

  • Debian

Difficile de parler de Linux sans évoquer Debian, tant la distribution est connue et utilisée, pour elle-même ou comme base pour d’autres systèmes, dont le plus connu est Ubuntu. Nous avons discuté avec Nicolas Dandrimont, président de l’association Debian France, et lui-même contributeur.

Projet débuté en 1993, Debian compte actuellement environ un millier de développeurs, tous ayant la possibilité de voter sur les choix d’évolution du système. Lorsque des débats techniques s’éternisent ou ne trouvent pas de solution évidente, un comité technique de huit personnes peut toutefois trancher.

Nous en avons profité pour aborder les grandes évolutions qui attendent le projet, désormais en marche vers sa version 10, qui n’arrivera sans doute pas avant deux ans : Buster. Comme un nombre croissant de distributions, Debian fera ainsi en sorte de proposer une session utilisateur qui soit par défaut sous Wayland, le serveur d’affichage qui remplace progressivement le très vieux X.org. Une transition de longue haleine, notamment pour résoudre les soucis de compatibilité avec certains pilotes graphiques.

Autre grand chantier en cours, mais beaucoup plus avancé celui-là, la compatibilité avec SecureBoot. Comme Nicolas Dandrimont nous l’a indiqué, la plupart des éléments sont déjà en place, notamment les signatures numériques utilisées pour contrôler l’intégrité de la chaine de démarrage.

Le shim est ainsi prêt depuis un moment. Ce composant, parfois appelé « logiciel de calage », est auto-certifié et utilisé pour s’assurer que le bootloader – le plus souvent GRUB – dispose de la bonne signature. GRUB va répéter l’opération pour le noyau Linux et ainsi de suite, l’idée globale étant de s’assurer que rien n’est venu s’insérer dans la chaine.

Puisque l’on parle de sécurité, Debian 10 vise également les 100 % de paquets reproductibles. Dans l’actuelle version 9, sortie le mois dernier, ils le sont déjà à 90 %. Traduction, ces paquets source sont capables de construire des binaires strictement identiques. L’intérêt pour l’utilisateur est de s’assurer qu’aucune attaque n’est venu altérer le compilateur ou la chaine de construction.

Source nextinpact.com

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